Psychologue français au Québec: l’équivalence de diplôme FAQ 2/2

novembre 24, 2023by Céline Schmitz8

Mon premier article sur l’équivalence de diplôme suscite beaucoup de questions par courriel et parfois en commentaire. Les questions qui reviennent sont, en général, les mêmes ! Alors pour une nouvelle fois faciliter votre recherche dans ce beau projet, je vous mets une petite foire aux questions 🙂

« Il a ressemblé à quoi votre parcours d’internat ? Est-ce qu’il faut être sur place pour faire une demande d’équivalence et chercher le lieu d’internat ? »

Non pas besoin d’être sur le territoire québécois pour faire une demande d’équivalence ou pour chercher un lieu d’internat ! Vous pouvez le faire depuis la France !

Mon parcours France – Québec:
2017 septembre : diplômée en France
2018 décembre : pratique en libéral
2018 décembre : envoie de mon dossier d’équivalence auprès de l’OPQ qui me donne leur « décision ». (C’était encore un simple projet… je ne savais pas que cela enclenchait le compte à rebours pour l’internat !)
2020 février : arrivée sur le territoire québécois !
2020 mai : cours de déontologie auprès de l’OPQ
2020 juin : internat trouvé en clinique privée
2020 juin à 2021 septembre : avancée de mon internat. Je fais des consultations individuelles tout en avançant sur les heures demandées (consultation, supervision, évaluation, contact direct, contact indirect, etc.)
2021 janvier :  cours d’une session
2021 août : internat terminé !
2021 septembre : numéro de permis

Je recommande grandement de faire un internat en clinique privée. Les cliniques sont habituées à recevoir des candidats à l’équivalence de diplôme. Il y a donc des superviseurs sur place que vous n’avez pas forcément besoin de payer. Voyez l’internat comme un stage et le superviseur c’est comme votre maitre de stage. Sauf qu’ici, il y a quand même une petite rémunération 😉 . Les cliniques ont pour fonctionnement de prendre une part sur les consultations mais elles offrent la supervision, la base de données clients et la visibilité sur leur site. Il est interdit de dire que vous êtes psy et il faut mentionner que vous êtes « candidat.e à l’équivalence de diplôme ». Vos honoraires sont en général plus faibles qu’un psy et vous avez votre propre gestion d’horaire, prise de RDV, choix du nombre de clients par semaine, etc.

Une fois l’internat terminé : vous avez votre numéro de permis, vous payez une adhésion à l’OPQ tous les ans, et vous pouvez enfin travailler ! Vous pouvez vous installer à votre compte, en clinique privée (plusieurs psys, un directeur, la clinique prend une part sur vos consultations si elle propose un certain « package »), au public, dans des écoles, n’importe où en fait !

« Faut-il contacter l’Ordre des Psychologues du Québec avant toutes recherches de travail ou de lieu d’internat ? »

Effectivement, pour travailler au Québec il est obligatoire de faire partie de l’Ordre des Psychologues du Québec. Au Québec, énormément de professions ont un ordre (infirmiers, pharmaciens, thérapeutes familiaux, ingénieurs, médecins, sexologues, et j’en passe). C’est très règlementé. De ce fait, lorsqu’on arrive en tant que psychologue diplômé de France et que l’on souhaite exercer, il faut faire partie de l’OPQ. Cela peut être sous le statut d’étudiant (lorsqu’on est sur la fin du doctorat et qu’on peut exercer dans le cadre d’un internat), lorsqu’on est dans le processus d’équivalence de diplôme ou lorsqu’on est psychologue québécois. Sans ça, on est dans l’illégalité et en plus on ne peut pas émettre de reçu pour nos patients ! Chose qui est indispensable pour eux car beaucoup ont des assurances (un peu comme les mutuelles de chez nous). Et pour les assurances, il faut un numéro de permis : celui que l’ordre nous délivre.

En bref : si vous venez au Québec, il faut être dans le processus d’équivalence pour travailler !

Pour la recherche d’internat, vous pouvez commencer à contacter les cliniques avant de recevoir la décision de l’OPQ, mais les cliniques vont vous demander la décision de l’OPQ pour voir les heures que l’Ordre vous demande de faire et savoir s’ils peuvent y répondre. Donc… vaut mieux avoir contacté l’OPQ avant 😉

« Et si on ne veut pas s’embêter avec une équivalence de diplôme, qu’est-ce qui s’offre à nous ? »

Sans l’OPQ vous n’êtes pas psy ! Par contre, vous pouvez trouvez des jobs « alternatifs » comme « intervenant.e » dans certains services publiques et/ou communautaire, mais dans ces postes-là vous n’avez pas la fonction et le titre de psychologue. C’est plus un travail « social » et de soutien à la communauté.

« Est-ce que c’est à nous de « démarcher » les universités une fois la décision eue ? Est-ce-que cela peut se faire n’importe où au Québec ? »

Pour les universités : tout à fait ! C’est vous qui choisissez vos cours et votre université. En fonction de la décision de l’OPQ, vous cherchez des cours qui correspondent à ce qu’ils demandent. Avant de vous inscrire à l’université, vous demandez à l’OPQ de valider votre choix de cours et ensuite vous pouvez postuler au cours. Comme je disais dans mon article de blog, il faut s’y prendre en avance et avoir rapidement un échange avec le prof du cours : c’est lui qui vous accepte en fonction de la place qu’il reste. Car vous ne serez « que » étudiant libre et du coup ils priorisent les étudiants à temps plein. Vous pouvez être dans n’importe quelle université, tant que c’est au Québec.

« Est-ce que les frais de scolarité universitaire au Canada sont très élevés ? »

Ça dépend de l’université que vous choisissez et du nombre de cours que vous avez à faire et dans quel niveau (cycle 1, 2 ou 3) !
Pour ma part, j’avais trois cours à reprendre :

  • Un en déontologie que tu peux faire avec l’OPQ – c’était 200$;
  • Un cours de méthodologie de la recherche (cycle 3 donc équivalent à un cours de doctorat) – environ 1000$;
  • Ajoutez à cela les frais administratifs et d’adhésion – environ 1000$
« Est-ce qu’il existe des aides financières pour les étrangers qui réalisent leur internat ? Est-ce que c’est automatique ?

Pour les aides financières : oui je crois qu’une des internes de la clinique avait eu une aide dont j’ai perdu le nom. Dans son cas, c’était une aide pour l’employeur. Un peu comme un système de paiement des alternants. Clairement, c’était hyper intéressant pour un employeur ! Et ça permettait à la clinique de mieux payer son interne. Cependant, il me semble que c’était une aide qui ne dure que quelques mois. Je ne l’ai pas eu car nous n’avions simplement pas eu connaissance de cela avec mon directeur. De ce côté-là, je n’ai pas plus de réponses !

« Est-ce vous avez dû travailler à côté de votre internat ? »

Malheureusement oui. Même si les consultations me ramenaient un petit salaire (25$ par séance), je n’avais pas assez pour vivre. J’ai donc pu travailler dans la clinique où j’ai fait mon internat pour être réceptionniste au début et ensuite répartitrice.

« Est-ce qu’il y a un impact sur le fait que l’on n’ait pas le tire de « Docteur » ? Est-ce qu’on est moins reconnu ? »

Pour le fait de ne pas avoir de doctorat et donc de statut de docteur: cela ne change pas grand-chose. Effectivement, on n’est pas reconnu comme « docteur » et on ne doit pas laisser entendre qu’on l’est. De ce fait, on est reconnu comme « pouvant exercer en tant que psychologue ». Mais je n’ai jamais eu une seule remarque sur le fait que je n’étais pas « docteur ». Ce parcours-là est assez reconnu et nous sommes considérés comme psychologue à juste titre. Le plus important pour les clients et les employeurs, c’est d’avoir ton numéro de membre de l’Ordre. Ils font confiance à l’Ordre donc si ces derniers nous ont donner notre numéro de permis, c’est qu’on est habilité à l’être et que notre diplôme est équivalent à un doctorat après le parcours d’équivalence !

« Est-ce qu’il y a beaucoup de psychologue français autour de vous qui ont fait cette démarche d’équivalence ? » 

Oui, j’ai croisé énormément de psychologues français faisant leur équivalence. Dans la clinique où j’étais, nous étions quasiment que des internes français en processus d’équivalence ! C’est très commun.

« Est-ce qu’un Certificat d’Acceptation du Québec est délivré par l’Ordre ? »

 Non. Il me semble que c’est le MIFI (Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration) qui le fourni !

« En termes d’immigration quel permis faudra-t-il avoir pour aller au Canada ? Permis d’étude, pvt… ? »

Vous pouvez avoir n’importe quel permis pour aller au Canada (PVT, permis d’étude, permis jeune professionnel, permis de travail ouvert, permis de travail fermé, etc.). Si vous devez reprendre des cours et qu’il y en a plusieurs, il se pourrait que ce soit plus pertinent de demander un permis d’étude. Deux cas de figures :

1/ La reprise des études dure moins de 6 mois : pas de permis d’étude nécessaire. Vous pouvez faire une session en ayant un permis de travail.

2/ La reprise des études dure plus de 6 mois : il vous faut un permis d’étude. Tu peux avoir un permis d’étude ET un permis de travail en même temps. Pour faire une demande de permis d’étude, il faut que l’université ou l’école ciblée vous fournisse une lettre d’acceptation.

« Quel est le salaire d’un psychologue au Québec ? Et le coût de la vie ? »

Les salaires des psychologues sont assez variables. Je sais que dans les milieux scolaires, un psychologue peut toucher entre 50000$ et 96000$ brut par an. Ce qui est quand même pas mal. Le salaire moyen au Québec est de 44000$ et quelques. Le coût de la vie est plus peut-être plus conséquent. Je dirais un peu comme une vie à Paris. Surtout, c’est lorsque vous n’avez pas d’assurance santé que c’est cher…

« Est-ce que l’on peut postuler à des emplois de psychologue scolaire après l’équivalence ? »

Oui il est tout à fait possible de postuler dans le milieu scolaire même avec un parcours d’équivalence. C’est d’ailleurs un milieu qui recrute énormément car il y a une pénurie dans les écoles. En revanche, c’est un milieu où tu fais beaucoup d’évaluations donc faut être à l’aise avec les tests. Il n’y a pas de concours, juste des entretiens. Les conditions sociales y sont très bonnes (vacances, assurances, primes, etc.).

« L’adhésion à L’OPQ est-elle à vie ? »

L’adhésion est « à vie » à partir du moment où vous exercez. Il y a des accommodements si vous êtes en congé maternité et lorsque vous êtes en retraite et que vous travaillez toujours (il me semble). Mais tant que vous exercez, il faut un numéro de permis et donc le payer !

« Combien coute l’adhésion à l’OPQ par année ? »

 En 2023, l’adhésion à l’OPQ coutait 721,24$ (sans taxes). Si vous ajoutez le référencement sur le site de l’OPQ c’est 88,33$ et si vous ajoutez une page personnelle (un peu comme un page de siteweb) c’était 46,48$. Avec les taxes, cela représente un coût de 979,90$.

Ensuite, il y a une assurance de responsabilité professionnelle à prendre qui est obligatoire de 125,35$ avec taxe.

Cela semble être un gros montant, mais dans une bonne gymnastique financière, c’est jouable.

Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas !

 

8 comments

  • Stella

    novembre 30, 2023 at 6:08 pm

    Bonjour, merci pour ce nouvel article très complet !

    J’ai quelques questions concernant la candidature. Je suis en master de psychologie clinique et me projette beaucoup au Québec où j’ai déjà fait un échange.

    As tu déjà entendu parler de cas de refus total de l’OPQ d’une demande d’équivalence, pour des personnes ayant le titre de psychologue en France ? J’aimerais mettre toutes les chances de mon côté et savoir si certains éléments étaient nécessaires dans un dossier, au delà du master !

    Après la validation sous conditions de la demande d’équivalence, il est donc immédiatement possible d’entamer des démarches d’immigration ? J’ai lu qu’un an s’était écoulé entre ta demande initiale et ton arrivée au Québec, pourrais tu m’indiquer le délai de réponse de l’OPQ et le délai d’obtention des feux verts pour te rendre sur le territoire ?

    Merci beaucoup d’avance ! 🙂 et bravo pour ton parcours, merci pour tes articles qui sont très aidants et motivants !

    Reply

    • Céline Schmitz

      décembre 3, 2023 at 8:22 pm

      Bonjour Stella,

      Non je n’ai jamais entendu parlé d’un refus de l’OPQ sur un diplôme français !
      Au delà du Master, tu peux présenter tes stages et job que tu as eu en psychologie. En toute franchise, ces expériences ne changent pas grand chose. J’ai en mémoire une psy qui avait travailler 10 ans en France avant de venir et elle avait eu quand même pas mal d’heures à remnplir.
      Oui tu peux directement entamer les démarches d’immigration !
      Effectivement moi j’ai fait ma demande courant septembre ou octobre 2018 et j’ai eu la réponse en décembre 2018. Dans leur décision, j’avais deux ans pour le faire. Sauf que je n’étais pas encore sur le territoire québécois. Alors j’ai demandé un délais qu’ils ont accepté (je l’ai demandé très tardivement, pendant la pandémie je crois).
      Pour te rendre sur le territoire, cela n’a rien à avoir avec le feux vert de l’OPQ. Peut-être si tu trouves une clinique qui paierai ton permis de travail fermé, mais ça c’est beaucoup plus rare. Il faut que tu fasses des démarches d’immigration en parallèle.

      N’hésite pas si tu as d’autres questions ! Je suis contente que mes articles ont pu t’aider ! Merci beaucoup !

      Reply

  • Emilie

    décembre 4, 2023 at 5:29 pm

    Bonjour,
    Merci pour ces deux articles sur l’équivalence des diplômes, ils sont vraiment complets et me sont très utiles.
    Je souhaite savoir si il y’a des frais de traitement de dossier ou autre lorsque l’on envoi son dossier à l’OPQ?
    J’envisage de tenter d’effectuer l’équivalence en moins de 2 ans si possible puisque je ne pense rester au Canada que pour 3 ans. Est-ce que le rythme est intense? J’imagine que cela dépend de ce que l’OPQ souhaite que l’on valide en plus, quel a été votre expérience?

    Merci beaucoup pour ton aide et tout ce travail sur ton blog!

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  • Mathilde

    décembre 6, 2023 at 5:17 pm

    Bonjour,

    Merci pour cet article très intéressant !

    Je me demandais si vous saviez s’il était possible d’effectuer ses heures de contact auprès de la clientèle, et donc d’être en autonomie auprès des patients dans une clinique privée, mais d’avoir un superviseur externe à cette clinique ? Lors de mes recherches afin d’effectuer l’internat, une des clinique m’a proposé cette option mais je voudrais être sûre que cela est conforme aux exigences de l’OPQ pour obtenir l’équivalence de diplôme.

    Je te remercie d’avance !

    Reply

  • didie

    décembre 8, 2023 at 3:42 pm

    Très bonne article ravie de le lire.

    Reply

  • Thomas

    janvier 6, 2024 at 8:19 pm

    Bonjour,
    J’hésite entre le PVT et le permis d’étude. Un stage rémunéré en clinique privé est-il considéré comme un emploi ? Je pose cette question car je ne sais pas s’il est possible de percevoir une rémunération sur un permis d’étude… (ça éviterait de « gaspiller » un PVT) pour l’obtention de l’équivalence.
    Je pose la question au cas ou 🙂
    Merci par avance et bonne journée.

    Reply

    • Thomas

      janvier 6, 2024 at 8:36 pm

      NB : (D’après mes recherches, le permis d’études serait plus avantageux si on se lançait directement en doctorat. Ledit permis nécessite l’inscription à une formation complète et diplômante (donc ne fonctionnerait pas avec 3-4 modules de psycho… mais je préférais vous demander 🙂 (désolé pour le double-post)

      Reply

  • makhloufi

    mai 16, 2024 at 7:57 am

    J’ai énormément apprécié ce blog, excellent sujet

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