Attachement: un peu de théorie (2/3)

Un peu d’histoire et de théorie pour définir l’attachement…

Première moitié du 20ième siècle : tout commence avec les animaux ! Konrad Laurenz observe les bébés oiseaux qui s’attachent à la première chose en mouvement autour d’eux dès qu’ils naissent et la perturbation qu’il y a lorsque l’objet n’est plus là. Puis, il y a Harry Harlow qui observe la relation entre les bébés singes et leurs mères. Initialement, on pensait que le bébé, jusqu’à 3 ans, s’attachait à sa mère uniquement par ce qu’elle le nourrissait, mais aussi qu’un enfant n’avait besoin que de cela pour se développer correctement ! Or, en observant et faisant des expériences sur les bébés singes et leurs mères, Harlow conclu que ces mammifères cherchent naturellement le réconfort, la protection et l’amour d’une mère chaleureuse.

Dans les années 1950, John Bowlby, pédopsychiatre et psychanalyste, commence à étudier les humains et se sent en désaccord avec les positions de la psychanalyse qui pense que les bébés aiment leur mère uniquement parce qu’elle satisfait les besoins primaires physiologiques. Il pense, également, que les bébés ont des émotions, souffrent de la séparation d’avec leurs proches et cherchent à maintenir et préserver un lien avec les personnes qui les protègent. John Bowlby a donc beaucoup étudié les conséquences de la séparation précoce d’avec la mère chez le tout jeune enfant. Il a toujours eu pour intuition que les perturbations des relations précoces mère-enfant pouvaient être considérées comme des précurseurs clés de troubles mentaux et de dysfonctionnement psychique dans le développement de l’enfant.

Autrement dit, selon lui, l’interruption de la relation avec la mère durant la petite enfance peut avoir des répercussions et des incidences irréversibles dans la construction psychique de l’individu. Pour parvenir à ce constat, Bowlby s’est inspiré des travaux de Spitz sur les effets de la carence affective sur l’enfant. En effet, en 1946, Spitz va découvrir chez les bébés placés en pouponnières, la présence de symptômes dépressifs et de retard de développement en l’absence de liens affectifs solides et ce malgré une hygiène de vie saine et satisfaisante. Bowlby va approfondir son travail avec Mary Ainsworth qui va prendre le temps d’observer beaucoup de bébé en interaction avec leur mère. Elle constate différents types de comportements dans la relation : ceux qui sont en sécurité et qui explorent l’environnement sans craintes, ceux qui pleurent beaucoup et n’explorent pas, ou certains qui ne semblent pas en lien avec leur mère. Ces observations se répètent dans d’autres cultures observées. C’est avec ces observations que la première classification des types d’attachements est définie : l’attachement sécure, l’attachement insécure évitant et l’attachement insécure ambivalent. Marie Main, étudiante de Ainsworth, ajoutera plus tard l’attachement insécure désorganisé => J’en parle ici ! En rapprochant ses observations cliniques des données issues de l’éthologie, Bowlby admet l’existence d’un besoin primaire de contact, de lien, de proximité physique et d’attachement précoce, continu et sécure, plutôt qu’un besoin de nourriture ou de gratification maternelle, comme les psychanalystes pouvaient le penser.

Bowlby définit donc l’attachement comme un régulateur de distance des petits ayant un besoin de protection à leur figure d’attachement. Cette proximité est favorisée par des comportements d’attachement afin de maintenir une certaine survie de l’espèce. Il pensait donc que l’enfant qui ne pouvait pas connaitre une relation proche, intime, durable et donc sécuritaire avec une figure d’attachement risquait de montrer des signes de carence partielle (besoin excessif d’amour, de revanche, une culpabilité massive, des signes de dépression…) ou des signes de carence totale (apathie, retard de développement, difficulté de concentration, goût pour la dissimulation, vols…) lors de son développement.

Mais alors, comment se construit l’attachement et pourquoi dit-on que c’est souvent « à cause des parents » ?  

La construction de l’attachement se fait sur une base d’apprentissage et d’interprétation. Bowlby a défini le concept de « modèle interne opérant » (MIO), sorte de « logiciel relationnel », pour désigner des modèles mentaux formés par l’enfant qui opèrent dans sa vie, en le guidant dans sa manière de percevoir, de se percevoir et de se conduire dans ses relations interpersonnelles. Au travers de ces modèles, de ces représentations, l’enfant développe donc progressivement une compréhension des comportements et des motivations de lui-même et de ses proches. D’une part, l’enfant construit un modèle interne de chacun de ses parents dont la caractéristique est de considérer l’adulte comme étant ou non disponible. D’autre part, le jeune enfant adopte un modèle interne en ce qui le concerne et se représente ainsi comme étant ou non digne d’être aimé. Ces deux types de représentation se construisent dans un sens univoque et tendent à se renforcer réciproquement. Ainsi, comme le disait Bowlby « un enfant non désiré a des chances, non seulement de se sentir non désiré par ses parents, mais de penser qu’il est indésirable par essence, plus précisément indésiré de tous. A l’opposé, un enfant très aimé risque, en croissant, non seulement de se croire aimé de ses parents, mais aimable pour tout le monde ».

Ces modèles internes sont des représentations mentales de l’enfant et de sa réalité, qui se construisent donc en lien avec l’intériorisation des qualités relationnelles et interactives précoces dont l’enfant bénéficie. L’enfant en fait ensuite une forme de généralité et une grille de lecture. C’est une forme de codage du monde perçu et de la réalité environnante qui influence donc les sentiments, ses pensées et ses comportements. Autrement dit : lorsque les relations de l’enfant avec ses figures d’attachement sont ouvertes, accessibles, et que ces dernières sont suffisamment dévouées et soucieuses de répondre à ses besoins et d’apaiser sa détresse, elles le conduisent à construire des représentations mentales organisées autour de la confiance. On retrouve ici l’attachement sécure de l’enfant. Dans ce registre, les MIO qui domineront permettront une certaine flexibilité, une souplesse et une ouverture sur le changement lors d’expériences nouvelles, et ce tout au long du développement de l’individu. Les enfants, les adultes qu’ils deviennent, sont plus à même de faire face à la nouveauté mais également à des événements traumatiques en développant des capacités de résilience. A contrario, ces relations de l’enfant avec ses figures d’attachement peuvent amener à des organisations défensives à cause d’une confiance et estime de soi moins bien établies. Que ce soit une cause interne à l’enfant, de causes environnementales ou une figure d’attachement peu soutenante, l’enfant construit alors un attachement insécure. De ce fait, les MIO qui domineront seront rigides et hermétiques au changement. Dans ce processus défensif, les éléments nouveaux qui se présentent au sujet insécure ne peuvent s’intégrer et amener à une modification, puisque ce dernier les transpose à ce qu’il a toujours connu et confirme ainsi les modèles appris. Il y a donc une anticipation à l’insensibilité et l’inadéquation de l’Autre.

Dans les deux cas, une fois son MIO mis en place, une personne a donc tendance à percevoir les événements qu’elle vit à travers ceux qu’elle a déjà vécu, qu’ils soient issus d’un environnement sécure ou insécure. C’est en fait le processus d’assimilation qui est mis en place et qui sert de fondation aux expériences ultérieures.

Ces différentes représentations mentales permettent également une régulation émotionnelle puisque selon la stratégie d’attachement, l’enfant activera ou désactivera ses émotions – le parent étant une source capitale d’informations émotionnelles puisque son modèle de régulation de l’adulte pourra en effet servir de modèle à l’enfant.

Pour connaitre les différents styles d’attachement, lisez cet article !
Dans cet article, vous verrez les questions qu’on me pose souvent en consultation !

 

Ressources:
Ainsworth, M. (1979). L’attachement mère-enfant. Enfance, (1-2). 7-17.
Bowlby, J. (1969). Attachement et perte. L’attachement, tome 1. Paris, France : Presse Universitaire de France (1978).
Bowlby, J. (1978). Attachement et perte. La séparation, angoisse et colère, Tome 2. Paris, France : Presse Universitaire de France (1998).
Delage, M. (2013). La vie des émotions et l’attachement dans la famille. Paris, France : Odile Jacob.
Fonagy, P. (2004). Théorie de l’attachement et psychanalyse. Paris, France : Ramonville Saint-Agne.
Guedeney, N. et Tereno, S. (2016). « Attachement chez l’adulte: le phénomène de base de sécurité et les modèles internes opérants ». Dans N. Guedeney et A. Guedeney, L’attachement: approche théorique, p. 170-180, Paris, France: Elsevier Masson. Miljkovitch, R. (2001). L’attachement au cours de la vie : modèles internes opérants et narratifs. Paris, France : Presse Universitaire de France.
Pierrehumbert, B. (2003). Le premier lien – théorie de l’attachement. Paris, France : Odile Jacob. Pierrehumbert, B. (2010). L’attachement et les premiers liens du nouveau-né : les premiers liens, histoire d’une découverte. Dans V. Lumbroso et E. Contini (dir.) Premières années, premiers liens, l’attachement de l’enfant à ses parents. Paris / Bruxelles : De Boeck Université. Winnicott, D. W. (1956). « La préoccupation maternelle primaire ». Dans De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris : Payot, 1969. Winnicott, D.W. (1964). « Le nouveau-né et sa mère ». Dans Le bébé et sa mère, Paris, France : Payot & Rivages (1987). Winnicott, D. W. (1965). La famille suffisamment bonne (F. Bouillot, trad.). Paris, France : Payot et Rivages.
Winnicott, D. W. (1966). « La mère ordinaire normalement dévouée ». Dans Le bébé et sa mère. Paris: Payot & Rivages (1987). Winnicott, D.W. (1987). Le bébé et sa mère. Paris, France : Payot & Rivages (1987).  

 

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